Comment comprendre et accompagner les questions autour du genre et de la sexualité de votre enfant ?

Rédigé par Dr E Barron, Dr H Schweinschwaller, Dr A Bargiacchi, Dr A Hubert (Pédopsychiatre)

Fiches pour tous
LGBTQIA+

Merci à Mme Kane (Présidente du Centre LGBTQIA+ Paris-IdF) pour sa relecture.

 

L’orientation sexuelle, l’identité ou l’expression de genre ne sont jamais des maladies, mais il est néanmoins important et parfois vital de pouvoir discuter de façon apaisée et obtenir du soutien, de l’aide et notamment dans la sphère familiale. En effet,  l’Organisation Mondiale de la Santé a déclaré « l’état d’urgence mondiale » concernant la santé mentale des personnes LGBTQIA+ dont le risque de suicide, d’anxiété ou de dépression est augmenté du fait notamment de la stigmatisation et du harcèlement. Le support familial est  donc particulièrement important pour prévenir ces symptômes chez les adolescents LGBTQIA+. C’est pourquoi nous souhaitons vous proposer des pistes de réflexion pour soutenir au mieux votre enfant et votre famille. 

Dans notre fiche précédente, nous vous présentions un glossaire LGBTQIA+. Aujourd’hui, nous tenterons de répondre aux questions fréquemment posées par les familles.

 

# Pourquoi mon enfant se questionne sur son orientation sexuelle ou son identité de genre ? 

L’orientation sexuelle ou l’identité de genre ne sont ni des maladies, ni considérées comme un choix. Certain-es enfants / adolecents-es n’ont aucun doute sur leur orientation sexuelle ou/et leur identité de genre, alors que d’autres se questionnent davantage. Leur orientation sexuelle ou/et leur identité de genre peuvent changer au cours de leur vie. Cependant il est important de ne pas considérer cela comme « une phase » qu’il ou elle va dépasser, ou pas. En effet, remettre en question son orientation ou son identité de genre pourrait être interprété comme un refus d’accepter cette situation voire alimenter un sentiment de rejet.

Comprenez que leur identité ou leur sexualité n’est pas une décision ou un choix qu’ils ont fait.

# Que dire lorsque son enfant fait son coming-out ? 

Le coming-out est la révélation de son identité de genre ou de son orientation sexuelle ou romantique à ses proches. C’est une étape importante (mais pas obligatoire) du processus d’acceptation et d’affirmation de soi. Il est donc important d’entourer votre enfant avec amour et bienveillance dans cette étape qui peut être très difficile à vivre pour lui ou pour elle. N’hésitez pas à le rassurer, à lui confirmer votre soutien et votre validation. Demandez à votre enfant s’il souhaite partager avec vous des informations sur sa vie sentimentale, sa vie de couple mais évitez d’être intrusif ou insistant.  Ils ont peut-être retenu leurs sentiments pendant longtemps, il est donc important de leur permettre de les exprimer. Il est normal de demander des précisions. Il se peut que vous ne compreniez pas bien les questions LGBTQ+, et si vous êtes bien intentionné, poli et étayant, vous pouvez généralement poser ces questions (tout en respectant leur vie privée !). 

 

# Comment accompagner son enfant après son coming-out ?  

Restez ouvert-e à la discussion, sans jugement et dans l’acceptation de votre enfant. Soyez dans le soutien psychique et émotionnel dont votre enfant a besoin, pas dans la punition ni le rejet. Montrez-vous présent-e et disponible en encourageant le dialogue avec lui ou elle, lui permettant de s’ouvrir à vous et au monde. 

Rassurez-le ou la en leur disant que rien n’a changé parce qu’il ou elle a fait son coming-out : il ou elle n’est pas devenu-e tout d’un coup une autre personne. Vous pouvez supposer qu’il est évident que vous aimerez et soutiendrez toujours votre enfant, quelle que soit son orientation sexuelle ou son identité de genre, mais votre enfant a besoin de vous l’entendre dire.

# Pourquoi soutenir mon enfant ? Une situation à risque d’anxiété, de dépression, d’idées suicidaire voire de suicide

Parfois, les jeunes, ou les moins jeunes ont honte ou se sentent coupables d’être gai, lesbienne ou bisexuel-le. Ils ou elles peuvent avoir peur d’être rejeté-es ou de perdre l’amour et le soutien de leurs proches.  Il est important de surveiller l’apparition de symptômes dépressifs, anxieux, ou d’idées suicidaires chez votre enfant.  En tant que parents, vous devez être vigilant si vous remarquez un changement d’humeur chez votre enfant, un repli, une perte de plaisir dans la vie quotidienne ou encore un évitement de certaines situations qui ne posaient pas de difficultés auparavant.  Par exemple, l’école peut devenir un lieu difficile à vivre si votre enfant subit un harcèlement du fait de son identité de genre ou de son orientation sexuelle. Les écoles peuvent atténuer l’impact de la discrimination et des abus sur les étudiants LGBTQIA+ en mettant en avant des politiques qui interdisent la discrimination au sein de leur établissement. 

Les épisodes de harcèlement ont fréquemment lieu sur certains réseaux sociaux, n’hésitez pas à en discuter avec votre enfant et à lui proposer de lire certains messages ensemble pour prendre du recul et l’aider à signaler tout message insultant ou menaçant. 

# Le fait d’être LGBTQIA+ ne va-t-il pas rendre la vie de mon enfant plus difficile ? 

L’une des choses les plus difficiles à affronter pour les personnes LGBTQIA+ est le rejet de leurs ami-es et de leur famille. La souffrance des enfants et des adolescent-es LGBTQIA+ est plus liée plus aux conduites de rejet dont il ou elle est victime plutôt qu’à leur propre questionnement quant à leur orientation  sexuelle ou d’identité de genre. De nouvelles lois tendent à rendre les choses plus justes et plus égalitaires. Les couples de même sexe peuvent désormais se marier et avoir des enfants, et une législation protège les personnes LGBTQIA+ sur le lieu de travail. Il existe davantage de personnes LGBTQIA+ médiatisées dans les domaines des arts, de la politique et du sport dans lesquelles peuvent s’identifier les enfants et les adolescents. 

 

# Dois-je prévenir la famille de l’orientation sexuelle ou d’identité de genre de mon enfant ? Que leur dire ?

Il est important que votre enfant vous donne la permission avant de l’annoncer aux autres. Demandez-lui s’il ou elle veut partager ou non, et demandez-lui ce qu’il ou elle veut partager. Il se peut que toute la famille ne vous soutienne pas, ne vous comprenne pas et ne comprenne pas votre enfant … Cela vaut pour la famille (famille nucléaire comme cercle plus large) mais aussi pour votre cercle d’ami-es. Malgré des idées préconçues il n’est pas possible d’anticiper les réactions de vos proches. Si elles sont critiques ou hostiles, vous avez le droit de leur demander d’éviter de porter des commentaires négatifs en votre présence et celle de votre enfant. Il est important de protéger au mieux votre enfant.

 

# Comment trouver de l’aide pour accompagner son enfant LGBTQIA+ ?

Si vous en ressentez le besoin, ne restez pas seul-e, demandez de l’aide à un-e professionnel-le de santé pour vous accompagner autour de ces questions. Documentez-vous sur la question LGBTQIA+, apprenez les termes (vous pouvez commencer par ce petit lexique). Votre enfant verra vos efforts comme une forme de soutien profond. De nombreuses ressources internet et associatives existent en France et à l’étranger.

# J’ai du mal à accepter la situation

Accepter le coming-out de son enfant peut s’avérer difficile pour certains parents. Une multitude de questions se bousculent, vous ressentez peut-être des sentiments contradictoires entre le besoin de protéger votre enfant et l’envie de le soutenir. Ces sentiments peuvent être majorés par vos représentations antérieures. Il faut parfois un peu de temps pour recomposer l’image que vous avez de votre enfant. Parlez de vos doutes, de vos peurs, encouragez la discussion, renseignez-vous auprès des professionnels. Vous pouvez également demander à votre enfant ce que vous pouvez faire pour qu’il se sente soutenu. L’acceptation peut se construire avec le temps en créant un équilibre entre les besoins de votre enfant et ce que vous pouvez mettre en place dans l’immédiat pour le soutenir. Enfin, vous pouvez également entrer en contact avec d’autres parents qui vivent ou ont vécu la même situation afin d’avoir un espace dans lequel vous pourrez vous exprimer. 

# Quelques références scientifiques pour aller plus loin

 

Improving Wellness for LGB Collegiate Student-Athletes Through Sports Medicine: A Narrative Review. DeFoor MT, Stepleman LM, Mann PC. Sports Med Open. 2018 Nov 6;4(1):48. doi: 10.1186/s40798-018-0163-y. PMID: 30402672 

 

Who counts as family? Family typologies, family support, and family undermining among young adult gay and bisexual men.  Soler JH, Caldwell CH, Córdova D, Harper G, Bauermeister JA. Sex Res Social Policy. 2018 Jun;15(2):123-138. Epub 2017 May 26. PMID: 29713394 

 

Advancing Research on Structural Stigma and Sexual Orientation Disparities in Mental Health Among Youth. Hatzenbuehler ML. J Clin Child Adolesc Psychol. 2017 May-Jun;46(3):463-475. doi: 10.1080/15374416.2016.1247360. Epub 2016 Dec 2.PMID: 27911583 

 

Strategies employed by sexual minority adolescents to cope with minority stress. Goldbach JT, Gibbs JJ. Psychol Sex Orientat Gend Divers. 2015 Sep;2(3):297-306. doi: 10.1037/sgd0000124. PMID: 26634221 

 

Toward Formulating Evidence-Based Principles of LGB-Affirmative Psychotherapy. Proujansky RA, Pachankis JE. Pragmat Case Stud Psychother. 2014;10(2):117-131. PMID: 26617475 

 

The Influence of Families on LGBTQ Youth Health: A Call to Action for Innovation in Research and Intervention Development. Michael E. Newcomb, Michael C. LaSala, Alida Bouris, Brian Mustanski, Guillermo Prado, Sheree M. Schrager, and David M. Huebner, LGBT Health 2019 6:4, 139-145

 

Abreu, R.L., Kenny, M.C. Cyberbullying and LGBTQ Youth: A Systematic Literature Review and Recommendations for Prevention and Intervention. Journ Child Adol Trauma 11, 81–97 (2018).

 

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