Mon enfant a des idées noires, des idées suicidaires… Que faire ?

Rédigé par Ana Louvel (Psychologue), Vincent Trebossen, Ségolène Barret, Alicia Cohen Freoua (Pédopsychiatre)

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Le contexte sanitaire actuel est un facteur de stress important et peut générer une peur intense de tomber malade, ou de transmettre la maladie à un proche, ainsi que d’une souffrance liée à l’isolement, à la rupture de la routine habituelle et à l’incertitude par rapport au futur (« Repérage des symptômes de stress ou de détresse psychologique chez l’enfant pendant le confinement »)

Il est donc possible que cette période favorise l’apparition ou l’aggravation d’idées noires ou d’idées
suicidaires chez vos adolescents.

Qu’est-ce qu’une idée noire ?
Comment réagir face à mon adolescent qui exprime des idées suicidaires ?
Est-il possible de prévenir leur apparition ?

 

Les idées noires et idées suicidaires c’est quoi ?

# Il s’agit d’idées selon lesquelles la mort (idées noires ou idées de mort) ou le suicide (idées suicidaires) pourraient être des solutions à une situation de douleur ou de détresse jugée comme insupportable par la personne

# Une tentative de suicide est souvent précédée d’idées suicidaires. Cependant les idées suicidaires ne sont pas forcément suivies d’une tentative de suicide

# Elles sont plus fréquentes chez l’adolescent que chez l’enfant et plus fréquentes chez les filles que les garçons.

# Les idées suicidaires peuvent survenir dans le contexte d’une pathologie psychiatrique (dépression, trouble anxieux, trouble des conduites alimentaires, trouble schizophrénique, trouble bipolaire, …). Cependant, le fait d’être atteint par un de ces troubles n’implique pas forcément que les idées suicidaires surviendront. 

# Les idées suicidaires peuvent aussi apparaître sans trouble sous-jacent.  Des traits de tempérament ou personnalité, comme l’impulsivité, la difficulté de gestion des émotions ou la rigidité, peuvent représenter des facteurs de vulnérabilité. 

# Les idées noires ou suicidaires sont favorisées par un ressenti émotionnel intense que l’enfant n’arrive pas à gérer (stress, tristesse) qui peut être déclenché par différents facteurs (difficultés scolaires, le rejet réel ou supposé de ses pairs, les difficultés familiales, expérience traumatique …). Mais attention aux simplifications :  ressentir du stress n’est pas synonyme de risque suicidaire chez l’enfant et l’adolescent !

# La détresse émotionnelle déclenche alors de façon automatique des pensées négatives (« je suis nul », « je n’y arriverai jamais », …). L’enfant a alors tendance à interpréter la réalité de façon négative et ces pensées peuvent aller jusqu’à imaginer que la mort ou le suicide est la seule façon de soulager la souffrance.

 

Que faire si mon enfant a des idées suicidaires ? Quand contacter un professionnel ?

# Les parents seuls peuvent se sentir démunis lorsqu’il s’agit d’accompagner l’enfant qui traverse un moment de détresse psychologique. 

# Si votre enfant présente des idées noires, écoutez-le de façon bienveillante sans le juger. Vous pouvez également lui poser des questions ouvertement sur le suicide, cela n’induira pas de passage à l’acte mais vous permettra d’évaluer le degré d’urgence de la situation.

# En cas d’idées suicidaires, il est important de consulter rapidement un médecin (généraliste, pédiatre, service d’urgences le plus proche de chez vous), qui pourra évaluer l’urgence de la situation. 

# SI la situation n’est pas urgente, il vous orientera vers un professionnel (psychologue, psychiatre) capable d’aider votre enfant à mieux gérer la souffrance qu’il ressent. Le professionnel pourra aussi vous impliquer dans la prise en charge, en vous guidant sur comment mieux accompagner votre enfant.

# En cas d’urgence et de haut risque de passage à l’acte une hospitalisation peut parfois être proposée. L’objectif sera d’évaluer et de mettre en place des prises en charges adaptées (psychothérapie, traitement).

 

Comment prévenir l’apparition d’idées noires ou suicidaires ?

# Vous avez un rôle à jouer dans la prévention de l’apparition ou la récidive d’idées suicidaires. 

# Il est important de reconnaître la souffrance de votre enfant et de l’écouter de façon bienveillante. S’il vous fait savoir qu’il ne se sent pas bien, favorisez des réponses comme « je vois bien que ce n’est pas facile pour toi » plutôt que « tu as tout pour être heureux, il faut juste que tu fasses des efforts ». En effet, il risquerait de ne pas se sentir entendu.

# Vous pouvez, en collaboration avec un professionnel, aider votre adolescent à élaborer un plan de secours en cas d’idées suicidaires. Il s’agit d’un ensemble de stratégies écrites auquel l’adolescent peut se référer s’il commence à avoir des idées suicidaires. L’objectif est de le soutenir, le guider et éviter la crise suicidaire. Il doit être facilement accessible (par exemple dans sa poche ou son téléphone portable). Voici 4 étapes pour l’aider à le réaliser :

 

1. Faire la liste des signes avant-coureurs d’idées suicidairesEncouragez votre enfant à faire attention à ce qu’il ressent, notamment aux manifestations physiques des émotions.

 

  • Vous pouvez dire à votre enfant qu’une émotion douloureuse est ressentie à des niveaux différents d’intensité : chaque niveau correspond à des « pensées », des « sensations physiques » et aux « comportements » différents. Le message à transmettre à votre enfant est qu’il est plus facile de mettre en place des stratégies quand l’émotion n’est pas très intense, ce qui permettrait de ne pas continuer à monter en intensité émotionnelle.

 

 

Exemple d’échelle visuelle pouvant servir à identifier le niveau d’intensité de l’émotion douloureuse

 

 

2. Aidez-le à faire une liste des stratégies qui l’aideront à mettre de côté les idées suicidaires de manière autonome. Cela peut être une activité plaisante (ex : regarder un film, écouter de la musique, faire du dessin, activité physique) ou une technique de relaxation ou de respiration apprise auparavant (ex : respiration abdominale, relaxation progressive de Jacobson, respiration en carré) et qu’il peut réaliser pendant quelques minutes (5 approximativement pour se sentir plus apaisé).

 

  • La respiration abdominale : Il s’agit d’inspirer par le nez « en gonflant le ventre” plutôt que d’intuitivement respirer avec le haut du corps en soulevant les épaules. Inspirer par le nez « comme lorsqu’on sent le parfum d’une fleur » et expirer par la bouche avec un souffle doux. Il est conseillé d’expirer plus de temps que celui qu’on prend pour l’inspiration; par exemple, on compte 3 secondes pour inspirer et on expire en 6 secondes.

 

  • La relaxation progressive de Jacobson : « on contracte et décontracte » différents groupes musculaires. Lorsque l’on contracte une partie du corps (pendant 5 secondes quand on inspire), on fait attention à la sensation de « tension » pour la comparer avec « l’état de détente » qui se produit juste après (on compte également 5 secondes lorsqu’on expire et qu’on détend le groupe musculaire en tension). Voici une suggestion de l’ordre des groupes musculaires à solliciter: d’abord les pieds (en levant les pouces vers soi-même), puis les mollets et les cuisses, les muscles fessiers, les muscles abdominaux, puis les épaules, les biceps, les poings, et   pour finir le visage (faire la grimace avec tous les muscles du visage).

 

  • La respiration en carré : c’est un exercice de respiration au cours duquel on imagine un carré, dont chaque côté est associé à une action (inspirer – retenir le souffle – expirer – retenir le souffle).

 

 

 

3. Aidez-le à identifier les personnes ressources. Aidez-le à lister les personnes adultes (et leur coordonnées) qui peuvent être contactées si l’étape précédente n’a pas suffi à faire disparaître les idées suicidaires.

 

4. Aidez-le à identifier les professionnels ou structures de soins ressources qu’il est possible de contacter ou consulter en fonction des moments de la journée. Pensez-bien à préciser les horaires auxquels il est possible de les appeler.

5. Gardez une copie de votre plan de secours et donnez-en à toutes les personnes figurant sur votre plan. Le plan doit être mis à jour régulièrement.

 

# Si votre enfant/adolescent a déjà exprimé des idées suicidaires, pensez à sécuriser son environnement. Ne laissez par exemple pas de médicaments à disposition.

 

 

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En conclusion, les idées suicidaires chez l’enfant ou l’adolescent peuvent survenir dans plusieurs situations et ont des facteurs déclenchants multiples. La prise en charge doit se concentrer sur la prévention du risque du passage à l’acte en accompagnant l’enfant ou l’adolescent dans l’utilisation d’outils pratiques permettant une meilleure gestion des idées suicidaires et des émotions négatives. 

Dans tous les cas, il faut prendre contact avec un professionnel : il est important de pouvoir bénéficier d’une évaluation plus approfondie par un professionnel : demandez conseil à votre pédiatre ou votre médecin généraliste ou rendez-vous aux urgences les plus proches de chez vous.

 

Lignes téléphoniques d’écoute et d’aide :

SOS Suicide Phénix Écoute (7j/7 de 13h à 20h) :  01 40 44 46 45 

Suicide Écoute : 01 45 39 40 00

SOS Amitié (Ile de France) : 09 72 39 40 50

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