Trouble du langage oral (dysphasie) : Quels aménagements scolaires ?

Rédigé par Elie KHOURY, Driss HAMADOUCHE (psychiatres de l’enfant et de l’adolescent), Audrey GASTE (orthophoniste), Moran IQUEL (enseignante spécialisée), Chloé STEPHANOVITCH (psychologue).

Un trouble du langage oral (anciennement appelé « dysphasie ») est très souvent source de difficultés à l’école, que ce soit dans les apprentissages ou dans les interactions avec les autres, et justifie donc la mise en place d’aménagements scolaires.

Les troubles du langage oral peuvent prendre différentes formes et toucher les compétences d’expression (« versant expressif »), les compétences de compréhension (« versant réceptif »), ou les deux. Sur chacun de ces deux versants, différents domaines peuvent être concernés (le vocabulaire, la construction des phrases, du discours, et l’adaptation de ce discours au contexte et à l’interlocuteur). 

Un bilan orthophonique permet d’explorer ces différents aspects et de poser le diagnostic de trouble du langage oral. Pour en savoir plus sur ce bilan, consultez cette fiche.

Pour des conseils d’accompagnement en tant que parents de votre enfant présentant un trouble du langage, consultez cette fiche.

Ici, nous développerons les différents aménagements possibles à l’école, en répondant à 3 questions : POURQUOI les mettre en place et quels en sont les objectifs ? PAR QUI peuvent-ils être mis en place ? QUELLES MESURES peuvent être proposées ?

 


 

POURQUOI ? 

Les aménagements scolaires sont essentiels pour tout enfant présentant un trouble du langage. 

Ils visent de façon directe à :

  • Améliorer la compréhension.
  • Faciliter l’expression.
  • Adapter les modalités d’évaluation et les devoirs.

Ce qui permet :

  • D’améliorer l’accès aux différents apprentissages.
  • De favoriser la communication et la participation de l’élève en classe.

Et plus largement :

  • De limiter les autres difficultés entraînées par le trouble du langage, comme la fatigue et la lenteur.
  • De préserver l’estime de soi de l’élève en le mettant en réussite.
  • De favoriser son inclusion sociale en encourageant les échanges et la participation. 
  • De limiter l’anxiété de l’élève et d’éviter l’installation d’un refus scolaire que pourraient alimenter les difficultés langagières.

 


 

PAR QUI ?

Les professionnels de santé impliqués dans la prise en charge de l’enfant (pédopsychiatre, orthophoniste, psychologue, psychomotricien, ergothérapeute…) peuvent préconiser la mise en place d’aménagements scolaires et proposer des mesures en ce sens. Le médecin scolaire fait le constat des troubles et valide la pertinence des aménagements.

Les aménagements peuvent aussi émaner des discussions entre l’équipe pédagogique et la famille lors d’une réunion d’équipe éducative convoquée par le directeur/trice de l’école.

Le choix des aménagements, l’appréciation de leur faisabilité et la décision de leur mise en place reviennent en dernière instance au corps enseignant. 

NB : le corps enseignant peut faire appel au besoin à un professeur ressource mis à disposition par l’Académie pour aider à la mise en place des adaptations pédagogiques nécessaires (suivre ce lien pour en savoir plus).

Les aménagements scolaires peuvent entrer dans le cadre de différents plans (PPRE, PAI, PAP, PPS). Pour comprendre la différence, consultez cette fiche.

 


 

QUELLES MESURES ?

Il existe une multitude d’aménagements scolaires possibles pour les troubles du langage, que nous pouvons classer selon trois objectifs : améliorer la compréhension, faciliter l’expression et adapter les évaluations et les devoirs.

Le choix des aménagements pertinents pour un élève revient à ses enseignants et dépend de son profil (points forts / fragilités) et de ses besoins spécifiques. Par exemple, favoriser les supports visuels chez un élève qui a de bonnes compétences d’attention visuelle. 

Aménagements pour améliorer la compréhension :

  • Donner des informations orales adaptées : consignes claires, simples et courtes ; une seule consigne à la fois ; décomposition des notions complexes ; débit de parole adapté ; ne pas hésiter à répéter.
    NB : L’enseignant peut solliciter l’aide de l’AESH quand elle est présente.
  • Demander à l’élève de réexpliquer ce qu’il a compris avec ses propres mots, en discussion duelle (méthode « Teach-back »).
  • Utiliser des supports visuels ou manuels pour compléter les consignes orales ou illustrer les leçons : pictogrammes, schémas, vidéos, cartes mentales, boulier, magnets, autre matériel manipulable…
    NB : Certains supports peuvent être propres à l’élève (par exemple son classeur de communication alternative et augmentée ), ou bien des outils de la classe (affichages, frises numériques, illustrations…).
  • Adapter les supports écrits : renforcer les consignes orales par des consignes écrites simples, décomposées en plusieurs étapes, souligner les mots-clés… Cela sera profitable à l’ensemble de la classe.
  • Donner les supports de cours en amont pour permettre à l’élève de suivre plus facilement. Cela limite les situations de multitâche (devoir écouter + prendre note + comprendre), ainsi les ressources attentionnelles de l’élève pourront être consacrées à la compréhension.
  • Permettre d’utiliser un enregistreur pour pouvoir réécouter les cours plus tard.
  • Recourir aux livres audio en complément des supports classiques. En plus d’enrichir son vocabulaire, cela permet à l’élève de mieux comprendre les notions en y associant une image mentale.

 

Aménagements pour faciliter l’expression : 

  • Ne pas faire répéter l’élève en cas d’erreur surtout si le message est bon et l’idée est claire. La priorité est la communication ! L’enseignant ou l’AESH peuvent par contre corriger l’erreur en reformulant la phrase de manière correcte. 
  • Donner l’occasion à l’élève de s’exprimer à des moments choisis : dans des situations adaptées qui le valoriseront et en le prévenant à l’avance. Plutôt lors d’activités ritualisées (ex : météo des émotions pour les plus jeunes, mini exposés pour les plus grands…) que sur une activité nouvelle, et s’appuyant sur des supports visuels (ex : annoter un schéma par des « mots-étiquettes » plutôt que par de longues explications). Cela peut être fait en petits groupes et pas forcément d’emblée devant toute la classe.
  • Faire respecter le temps de parole individuel (ex : bâton de parole, main levée) pour que chacun puisse s’exprimer sans être interrompu. 
  • Proposer à l’élève de s’exprimer sur des sujets qui l’intéressent (ex : pour les exposés).
  • Proposer des temps de discussion à deux quand c’est possible, en début ou fin de cours. 
  • Utiliser aussi des modalités de participation non-verbales. Proposer des temps de jeux ou d’activités qui ne passent pas nécessairement par l’oral (ex : théâtre, mime, dessin…). Permettre à l’élève de répondre ou restituer des connaissances par des moyens alternatifs (ex : schémas, dessin, carte mentale…). 
  • Encourager les élèves qui en ont besoin à utiliser leur moyen de communication alternative et augmentée (ex : classeur de pictogrammes, tablette…).

 

Aménagements pour adapter les évaluations et les devoirs : 

  • Prévenir l’élève à l’avance avant de l’interroger à l’oral. 
  • Proposer aussi des évaluations ne passant pas par la restitution orale (ex : tri d’image, correspondances…).
  • Aérer les sujets d’évaluation, enseigner et permettre l’utilisation du surligneur pour les évaluations écrites. Ceci permet d’améliorer la lisibilité et d’aider à repérer les mots-clés et clarifier les questions.
  • Permettre l’utilisation d’aides comme des fiches-mémoire ou des répertoires de vocabulaire, quand le principal est de savoir si l’enfant a bien compris la notion.
  • Proposer des évaluations plus courtes (l’enseignant retire en amont l’exercice). 
  • Alléger les devoirs en priorisant les concepts centraux.
  • Limiter le par cœur, interroger plutôt sur les notions-clés. 

 

Pour finir, 3 principes généraux : 

  1. Toujours mettre l’accent sur la valorisation de l’enfant pour préserver sa confiance en ses capacités. Les efforts et les progrès, même minimes, doivent être pointés, par des félicitations orales et si possible un système de récompense adapté.
  2. Rester vigilant aux moqueries pour prévenir le harcèlement.
  3. En classe comme pendant les évaluations, prendre en compte les difficultés associées (la fatigue, la lenteur, l’anxiété…) : fractionner le travail, accorder des pauses, alléger la charge totale.

 

NB : Cas particuliers de l’apprentissage d’une langue étrangère :

La présence chez un enfant d’un trouble du langage ne contre-indique absolument pas l’apprentissage d’une nouvelle langue. Toutefois, comme pour sa langue maternelle, la maîtrise d’une langue étrangère peut s’avérer difficile pour lui. Ainsi, dans certaines situations, une dispense peut être proposée. Pour plus de détails consultez cette fiche.

 

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