Mon enfant éco-anxieux : Comment l’aider ?

Rédigé par Dr Alicia Cohen, Dr Driss Hamadouche (Pédopsychiatres) - Service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent - Hôpital Robert Debré - Paris.

Mon enfant parle de plus en plus d’écologie et de ses craintes concernant l’avenir de la planète et de son propre avenir.

 

S’agit-il d’éco-anxiété ? Comment puis-je l’aider ? Et à partir de quand dois-je m’inquiéter ?

 

Les préoccupations environnementales sont devenues une source d’inquiétude croissante chez les jeunes. Notre première fiche de la série dédiée à ce thème a permis de définir le concept d’éco-anxiété dont la définition à tendance à varier. Comprendre et gérer l’éco-anxiété de votre enfant est essentiel pour lui fournir le soutien dont il a besoin. Cette deuxième fiche à donc pour objectif de vous guider en tant que parent en vous fournissant des informations et des conseils pratiques pour aider votre enfant s’ il présente des signes d’éco-anxiété.  

 

Après avoir repéré ses symptômes d’éco-anxiété chez votre enfant, nous vous proposons une conduite à tenir en 3 étapes: 

 

DIALOGUER – SE PROJETER POSITIVEMENT – PASSER À L’ACTION 

 

1- DIALOGUER AUTOUR DES PRÉOCCUPATIONS ENVIRONNEMENTALES  

 

  • Favoriser une discussion partagée. Vous pourrez ainsi le questionner sur  son niveau de compréhension des enjeux écologiques et sur ses sentiments  en lien avec ses préoccupations. 
  • Lui fournir des explications sur les questions écologiques en s’adaptant  au niveau de langage et de compréhension de votre enfant, notamment dans le niveau de détails avec lequel vous traitez le sujet. Plus l’enfant est jeune, plus les mots choisis et la situation doivent être résumés simplement. Des explications trop poussées sur des sujets anxiogènes comme les catastrophes naturelles peuvent être contre-productives et augmenter le niveau d’anxiété de votre enfant. 
  • Favoriser une perception cohérente des risques réels.  “Le test de réalité” est un exercice qui vise à relativiser la fréquence de survenue d’un événement, par exemple un type de catastrophe naturelle dans un lieu donné, “le risque d’assister à un tsunami lorsqu’on habite dans le 19e arrondissement de Paris”. Il s’agit de pouvoir relativiser le risque d’y être confronté directement à l’échelle individuelle. Cela peut limiter l’intensité de l’anxiété. Vous pouvez lister avec votre enfant ce qui l’inquiète le plus et évaluer le risque réel d’y être réellement confronté dans sa vie. 
  • Guider votre enfant sur la façon de s’informer sans excès. Face à la menace climatique, le désir de comprendre et de prévenir peut conduire à se “sur-informer” : comme regarder tous les documentaires sur les catastrophes naturelles passées et à venir, suivre des lanceurs d’alerte sur les réseaux sociaux… Il est important d’accompagner les enfants et les plus grands dans cette démarche d’information. Cherchez ensemble comment faire pour s’informer de manière proportionnée, en choisissant par exemple un ou deux médias à consulter, dont le contenu s’appuie sur des sources fiables.  Il est parfois utile de verbaliser ce que  vous pouvez ressentir lorsque vous-même vous regardez ces informations ou les entendez. Cela permet aussi à votre enfant de se  rassurer sur son propre ressenti, et de mieux ajuster ses sentiments.
  • Valider ses préoccupations. « Je comprends que tu sois inquiet ou en colère à propos de cette situation pour la planète. »  Montrez à votre enfants que vous comprenez ce qu’il ressent et que ses préoccupations sont légitimes. Il est inutile, voire contre productif, de mentir à son enfant sur ce qu’il se passe. Banaliser ce qu’il ressent risque d’augmenter encore plus son sentiment que les adultes ne prennent pas la mesure de l’enjeu.

2- FORMULER DES PERSPECTIVES POSITIVES FACE AUX PRÉOCCUPATIONS ENVIRONNEMENTALES

 

Même si les enjeux climatiques et les menaces qui pèsent sur la planète sont réels, il est important que l’enfant puisse se projeter positivement dans l’avenir pour agir. En effet, il s’agit de rester concerné par les questions écologiques, sans que l’anxiété empêche la prise d’initiatives qui seraient utiles pour la planète.  

 

      • Rétablir l’équilibre sur la perception du Monde et des autres : « oui, certaines personnes ou pays n’ont pas pris la mesure des enjeux climatiques et agissent comme si aucune alerte n’était donné, mais il y a aussi des gens qui font des choses formidables, notamment des ONG qui organisent des actions groupées de nettoyage de plages ou d’océans par exemple, ou des programmes anti-gaspillage alimentaire”. 
      • Faire des bilans positifs sur les mesures efficaces qui ont déjà été adoptées. Nous sommes parfois plus attirés par les informations menaçantes que par les bonnes nouvelles. Il est donc important de rééquilibrer en faisant par exemple une liste de ce qui est déjà mis en place et qui fonctionne en terme de développement durable, notamment sur le territoire français mais aussi à l’échelle mondiale, comme la fin de menace d’extinction de dizaines d’espèces animales grâce aux actions du gouvernement australien. 

 

3- PASSER À L’ACTION 

 

Ensuite, il est important d’informer votre enfant qu’il peut apporter son aide de façon concrète en passant à l’action ! Chaque geste pour réduire son impact carbone ou favoriser la biodiversité a une réelle importance et ces éco-solutions ont de nombreux bénéfices : ils sont bons pour la santé, ils permettent de faire des économies, et  ils permettent de retrouver un sentiment d’efficacité et ainsi réduire son anxiété. Plusieurs études ont montré qu’en écologie les actions des enfants étaient associées au sentiment d’espoir. 

Dès le plus jeune âge, il est important de sensibiliser les enfants aux enjeux de l’environnement tout en leur montrant qu’ils ont un pouvoir d’action. 

 

Voici quelques pistes: 

      • Vous pouvez passer du temps ensemble à rechercher des organisations avec lesquelles votre enfant pourrait s’impliquer pour des actions de protection de la planète. Assurez-vous qu’il s’agisse d’organisations sérieuses et aptes à collaborer avec des enfants. Votre enfant pourra par exemple participer à des journées de nettoyages de plages, 
      • Vous pouvez vous renseigner avec lui sur les mesures que vous pouvez prendre en famille tous ensemble pour minimiser votre impact sur l’environnement et réduire le gaspillage d’énergie comme : éteindre les lumières quand on sort d’une pièce, éteindre la télévision quand on ne la regarde pas, ne pas laisser l’eau couler inutilement, lors des courses alimentaire privilégier les packagings réduits ou encore mieux “les produits en vrac”, baisser la température du logement, 
      •  Lorsque cela vous paraît adapté, essayez de soutenir les décisions de votre enfant concernant les changements de son mode de vie. Par exemple lorsqu’il demande de privilégier le train à l’avion, ou le vélo à la voiture.
      • Passez du temps dans la nature si vous en avez la possibilité et essayez de créer un petit jardin écologique chez vous (peut se faire sur un rebord de fenêtre). Des études suggèrent que passer du temps dans la nature contribue à baisser l’anxiété liée à l’environnement en permettant une diminution des ruminations anxieuses, et que l’exposition à des environnements naturels et à des images d’environnements naturels ont des effets bénéfiques sur l’humeur et sur le stress. 

 

Vous pouvez à tout moment contacter un professionnel de santé avec votre enfant, notamment si les préoccupations écologiques commencent à impacter sa vie de manière importante comme l’abandon de ses loisirs habituels, la perte d’envie d’aller à l’école, une attitude de repli, la perte de sa joie de vivre… 

 

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